Apprendre sur le tas au sommet de la Défense

Charlotte, 24 ans, CDIène. Témoignage du passage à la vie adulte.

n.b: cet article a vocation à faire état d’un passage dans la vie de manière humoristique, il n’est aucunement pessimiste ou écrit par la plume d’une dépressive. Il est un peu pour vous, mes petits chavoyageurs, qui me lisez depuis un an. 

Chavoyage plus (trop). Après avoir atteint le fameux saint Graal français, le dit « CDI », je suis rentrée avec obéissance dans la routine métro-boulot-drinks-dodo. L’excitation d’enfin appartenir à un groupe social défini, après avoir appartenu au monde éphémère des PVTistes, Stagiaires, Étudiants et enfin « chercheurs d’emploi » me rassurait et m’importait énormément. Se poser pour la première fois depuis longtemps, apprendre les rudiments d’un métier sur une durée supérieure à 4 mois, et dire « désolée je vais être à la bourre, c’est le rush au bureau » me procurait une grande satisfaction.

Voilà donc deux mois que j’arpente les couloirs de la haute bureaucratie française. Je suis en mission de conseil chez un client à la Défense pour 6 mois. La Défense, quartier d’affaires accessible par RER, est plus communément appelé par moi-même le Disney Land des Affaires, ou La Tour.

Mais qu’est-ce qu’une vie à LA Tour ? C’est ne surtout pas oublier de dire « bonne journée » à chaque individu dans l’ascenseur, au risque d’être comparé « aux connasses du 6e ». C’est serrer la main, vouvoyer, faire la bise, tutoyer, bref, se prendre la tête. C’est dire bonjour sans jamais laisser transparaitre un sourire, c’est faire la queue pour la cafète, le restau d’entreprise, et les ascenseurs. C’est partir tard, et pas trop tôt, car « tu prends ta demi-journée ? » risque de faire siffler tes oreilles.

C’est apprendre les nouveaux codes à la française (éviter le couloir B, ils ont horreur de voir des gens trainer là-bas !!), prendre ses appels dans les salles de réunions réservées à d’autres usages, (tu ne peux pas utiliser le couloir B pour rappel), faire des pauses conséquentes (20-30 minutes), faire des meetings nécessaires au bon déploiement du projet, faire des « comités de pilotage », des « brainstorming et des panels », des « conf call » -tout aussi nécessaires au déploiement du projet- bref c’est perdre beaucoup beaucoup de temps, et s’en satisfaire.

Qu’est-ce qui peut donc justifier cette lassitude qui me titille le bout du nez ? Je ne pense pas que ce soit la France, la vilaine France qu’on dépeint si négativement. La France, elle m’attendrit, elle me fait sourire avec ses codes et ses grilles d’objectifs. Après tout, je suis un pur produit français. Et chadore les terrasses, les cafés et les immeubles Haussmanniens au coucher du soleil.

Non, moi je ressens quelque chose d’inévitable à la fin de ses études. Si je fais un bilan des six dernières années, je n’ai fait absolument QUE ce qui me plaisait. Autant dire que j’ai vécu dans un monde sans contraintes. J’ai voulu partir au Canada, et bien je suis partie au Canada ! J’ai opté pour des études qui m’intéressaient (non, je n’ai pas choisi d’étudier la littérature pour ses grands débouchés). J’ai fait la fête, j’ai voyagé, j’ai appris l’espagnol, tâté la psychologie, les sciences politiques, le cinéma…bref j’ai pris tout ce que je pouvais prendre pour m’enrichir l’esprit (et mon petit cœur). J’ai fait un master qui me tentait, peut-être trop tôt, mais why not. J’ai bossé, avec toujours à l’esprit que cela avait une date limite. Je suis partie en Australie découvrir l’Aussie way of life dans une start-up digitale très détendue, et j’ai entamé un petit tour du monde, parce qu’une fois de plus, why the hell not.

Donc là, si je regarde, je dois à la fois : m’adapter à Paris (OMG !!), m’adapter au monde du conseil, m’adapter à mon entreprise, et m’adapter à mon client. Et le PIRE c’est que je dois me faire à l’idée que c’est fini la rigolade. Je vais travailler jusqu’à la fin de ma vie ! Je vais choisir minutieusement mes vacances, mettre de l’argent de côté, pour « acheter ». Devenir propriétaire, nouvel objectif de vie de tout jeune adulte. Je vais me plaindre des impôts que je paye, de mon salaire, des ceux de mes collègues…et chercher, sans cesse, ce que je vais bien pouvoir faire de ma vie.

Tu m’étonnes que je sois lasse.

Bref, je suis officiellement une adulte. Charlotte, 24 ans, CDIène.

7 réflexions sur “Apprendre sur le tas au sommet de la Défense

  1. Merci Charlotte Si j’avais su que tu étais à Paris je t’aurais contactée la semaine dernière pour te sortir de LaTour Paris est une super ville. Profite des expos, des balades le long des quais, de la vie… Courage Je t’embrasse Jean-Marc Pédezert

    Envoyé de mon iPad

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  2. Cet article fait parfaitement écho à ce que j’ai vécu il y a deux ans en commençant à travailler « Attends, t’es sûre que sortir 50 000 mascaras par jour c’est un objectif de vie ?! » NON

    Alors emmagasine un maximum d’infos, de compétences, de contacts (le fameux réseau … 😉 ) et tu finiras par trouver ta voie !

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