L’histoire Aborigène

L’histoire des premières nations m’a toujours interpellée. Lorsque je vivais à Montréal, mon seul contact avec « les premiers arrivés » était en bas du parking de mon immeuble. Amassés ivres morts en groupe, ces canadiens oubliés hurlaient jusqu’au bout de la nuit, dormant à même le sol par -20 degrés.

Je me souviens d’une vision d’horreur, lorsqu’une femme autochtone, à qui il manquait un bras, s’échappa en courant, en hurlant au viol juste devant chez moi. La triste réalisation que presque tous les sans-abris de Montréal étaient autochtones m’avait poussée à me renseigner sur leur histoire.

Ce n’est cependant véritablement que lors de mon séjour de trois mois à Winnipeg, dans l’ouest canadien, que je me suis familiarisée avec l’histoire des premiers arrivés. Le Manitoba, collé à Saskatchewan, est une province à forte population autochtone. Il y a un musée absolument incroyable, le Musée des droits de la personne, qui décrit en détails l’histoire de ce peuple, leur rapport à la nature, à leur territoire, et aux sévices vécus lors de la colonisation. Mon effroi était immense face à la révélation de certains actes commis il y a à peine 40 ans.

Je me demandais donc quelle serait la différence entre le Canada et l’Australie. Je suis donc allée au Musée Australien de Sydney pour mieux comprendre l’histoire de ce pays dans lequel j’ai mis les pieds. Je vous rassure, ce n’est pas mieux.

En Australie, on appelle aborigènes les autochtones de l’île continent depuis 40,000 ans. Ils auraient atteint le « Sahul » durant l’ère Glacière, en provenance d’Indonésie et d’Asie du Sud-Est. On ignore le but de leur venue ; étaient-ils des naufragés, des navigateurs, des exilés ? Tout ce qu’on sait, c’est qu’ils se sont adaptés à leur environnement, malgré la sécheresse qui frappa l’Australie il y a des milliers d’années.

Pitjantjatjara ou Walpiri dans le désert, Djabukay dans le Queensland, Rembarrnga en terre d’Arnhem… Il est difficile de parler d’une « culture aborigène » australienne, tant l’organisation sociale traditionnelle est très complexe et varie selon les régions et l’environnement. Une étude a ainsi évalué à plus de 250 le nombre de langues parlées en Australie à l’arrivée des Britanniques.

Ils ont cependant en commun leur rapport à la nature et à la spiritualité. Les peuples autochtones ne faisaient qu’un avec la faune et la flore. Chaque pierre, chaque colline et lac étaient empreints de l’âme des esprits créateurs. Bien loin du rapport des Occidentaux à la nature, qui détériorent petit à petit ce qu’il en reste.

Ce sont en effet les Britanniques qui ont débarqué en Australie, après la découverte du navigateur James Cook, au XVIIIème siècle. Londres déclara que l’Australie était « terra nullius », soit que la terre n’appartenait à personne, alors qu’il y avait déjà 750,000 habitants. Dans la conception européenne, puisque les aborigènes étaient des chasseurs-cueilleurs et non des cultivateurs, ils ne possédaient pas la terre.

En 1900, la variole, apportée par les Anglais, réduit la population autochtone à 100,000 personnes. Les anglais tentèrent ainsi d’imposer leur loi, d’occidentaliser les peuples (par l’intermédiaire d’une conversion forcée au protestantisme, par exemple). Les peuples aborigènes furent dans l’obligation de se rebeller, ce qui provoqua le massacre de Myall Creek. En 1838, des colons blancs tuèrent 28 aborigènes.

C’est par la suite que les peuples autochtones vécurent une ségrégation forcée. Afin de, soit disant, « protéger » les aborigènes, les Australiens en déportèrent un grand nombre, les déracinant de leur lieu de naissance, et les enfermant dans des réserves, loin des populations blanches. On leur dictait ce qu’ils devaient faire, manger et boire. En revanche, les enfants métis, ceux qui avaient la peau plus claire, furent envoyés dans des institutions catholiques, des foyers, et adoptés dans des familles blanches. On disait aux enfants que leurs parents étaient morts, de manière à ce qu’ils n’aillent pas les chercher. C’est ce qu’on appelle « les générations volées ».

C’est un des chapitres les plus sombres de l’histoire australienne. Le but était « l’assimilation ». La réalité, plus sombre, révéla que nombre d’enfants étaient maltraités. Les filles étaient utilisées comme bonnes, et régulièrement violées, tandis que les garçons étaient envoyés dans les fermes. Très peu d’enfants allaient à l’école.

Jusqu’en 1960, très peu d’Aborigènes furent reconnus. Ils furent exclus de la société blanche, et le sont toujours de manière plus subtile. Sous-payés, des travailleurs aborigènes des territoires nordiques entamèrent une grève en 1966 et en 1972, afin de revendiquer le droit à la propriété des terres traditionnelles.

C’est finalement quatre ans plus tard que la signature de l’Aboriginal Land Rights Act garantit la terre à certains groupes aborigènes du Nord. En 1992, la Haute Cour traditionnelle annula enfin le principe de terra nullius. Elle donne enfin des « Native Titles » (titres de propriétés aux aborigènes) à la suite du Native Title Act.

Mais qu’en est-il aujourd’hui ? Les conditions de vie sont toujours alarmantes, et le racisme blanc ne s’est que très peu atténué. La minorité aborigène, cantonnée aux banlieues, est victime d’alcoolisme, taux de suicide élevé, problèmes de drogue, de chômage et de délinquance. Les Australiens vivent en moyenne 17 ans de plus qu’un aborigène. Très controversé, les aborigènes vivent désormais d’un chèque mensuel donné par l’État, en guise de pardon (un pardon donné en 2008).

Depuis 2009, le gouvernement publie un rapport annuel intitulé «Closing the gap» («Combler l’écart»). Il cherche à mesurer et à réduire les inégalités dans les domaines de l’éducation, de la santé et de l’emploi. Dans le dernier rapport publié en février, un seul des sept objectifs fixés était «sur la bonne voie».

A Sydney, je n’ai toujours pas croisé d’Australiens Métis ou autochtone. J’ai hâte de partir dans les territoires du Nord afin d’en apprendre plus sur les cultures aborigènes, et malheureusement d’être confrontée à une dure réalité.

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